Je sais, je n'ai pas croisé ton chemin depuis plusieurs mois maintenant et pourtant, mon esprit était constamment avec toi, tapis derrière un buisson ou une station d'autobus, il ne t'a jamais
lâché.
Je suis navrée de cette absence mais figure toi que j'étais intensément concentré à ne rien branler. Pour tout te dire, j'ai réalisé il y a quelques mois que j'arrivais à un point où il fallait
que j'entreprenne de nouvelles choses, et qu'il était donc temps de prendre des décisions et de faire bouger ma vie.
Suite à ça, et puisque je suis quelqu'un de très logique et productif, j'ai décidé de faire une pause. Une pause des choses importantes. Pas une ligne écrite, pas de projets mis en branle, pas de
risques pris. On remet à plus tard. Oui je sais, ma pugnacité n'a pas d'égale. Alors voilà, la glande, la débâcle, des saisons entières de séries sur l'internet, des heures sur la Play station
(une Play station parce que je vis en 1995), des bouquins dévorés et beaucoup de rien. Et tout ça assumé, genre 'oh ça va la vie, lâche moi deux minutes'. Pugnacité je te dis.
Et soudain, épiphanie psychologique, hier, pouf, j'ai changé d'avis. Je vais t'épargner le long processus mental qui a précédé cette décision mais je peux te révéler que j'avais en tête l'image
d'un barrage immense et que j'ai décidé que ma nouvelle catch phrase serait "Go with the flow". Oui, tant qu'à avoir une catch phrase, autant qu'elle soit en anglais.
Soyons logique, pour essayer de profiter du présent, mieux vaut commencer par accepter sa compagnie. Non parce qu'au final, les fantasmes d'avenir et les nostalgies adolescentes ça n'aide pas
tellement à régler les problèmes de tous les jours. Et ça laisse peu de marge à la satisfaction, cette petite sainte nitouche. Alors voilà, je suis le cours de ma rivière.
Bref, pour la onze millième fois, j'ai eu une grande révélation sur ma vie.
Evidemment, c'est le jour où j'ai la bonne idée de ne pas mettre ma chapka ET d'oublier mes gants que je me retrouve à me taper 40 minutes de marche sous la neige à une heure du matin.
Alors oui c'est joli, il n'y a globalement personne dans la rue et les voitures roulent au ralenti, oui, tout d'un coup tout se transforme et la tête est ailleurs, mais vraiment, ce petit vent
glacial a bien failli avoir ma peau.
On est jamais mieux servi que par ses propres conneries.
Du coup, sur le chemin, j'ai pris soin d'éventrer un mammouth égaré, qui m'englobe désormais de sa chaleur pachydermique.
Aujourd'hui, j'ai décidé de revenir à mon clavier.
Dernièrement, je n'écris plus. Sauf, parfois, quand je rentre saoule au milieu de la nuit et que trop de pensées m'étouffent le cerveau. Ressortent de ces moments là des textes épiphaniques,
pseudo-poétiques que je relis avec la tendresse de la sobriété moqueuse.
J'ai toujours aimé écrire. Mes histoires ont traversé les fantaisies royalistes de l'enfance, le symbolisme dépressif de l'adolescence, les élans anarchiques de la jeunesse. Mes mots se sont
transformés avec moi, changeant de visage au fil des années, à la recherche de l'apparence la plus saillante, la plus juste. Ils ont vécu comme moi, le doute constant de ne pas être à la hauteur
de leur propre idéal. Ils se sont cachés souvent, ne voulant plus sortir, osant à peine se poser sur les pages intimes du journal de leur vie. Par dessus mon épaule, l'ambitieuse écrivain n'a
laissé aucun répit. Il faut que ce soit beau, il faut que ça touche, il faut de la profondeur, de la poésie. Il faut que ce soit juste. S'investir complètement, tout affronter, tout donner,
ne jamais se retenir
Alors souvent, c'est trop effrayant, trop douloureux, trop fatiguant. Alors, les mots restent à l'intérieur, pourrissent lentement, se regardent mourir en me haïssant.
J'ai toujours aimé écrire, mais je n'ai jamais assez écrit.
Que ce soit clair : dire "en plus tu as de l'humour" à une des personnes les plus drôles que ce siècle noueau ait connu, c'est loin d'être un compliment valable.
Soyons sérieux deux minutes.
Et sur cette reflexion hautement intellectuelle, je m'en vais éponger mon alcool avec un royal bacon du démon. (je te fais vite un spoiler : le bacon est en carton).
S'il y a bien un truc qui me deséspère c'est celui ci.
Il aura fallu que je me remette à bosser alimentairement pour recommencer à faire des choses de mes journées. Trois semaines de liberté avant de reprendre mon deuxième boulot et tout ça pour
quoi? Regarder l'internet, observer mon plafond et dormir toute la journée.
Je crois que je suis un peu conne (et terriblement prévisible).